Lo Lugar N°0

LE KURDISTAN (PAR SERGI VIAULE ) (0)

par SERGI VIAULE (JEAN LOUIS VEYRAC)


UN ETAT KURDE EN GESTATION ?
Alors que la guerre civile se déroule et ébranle l’Etat syrien, au nord, la population kurde a pris son autonomie. Les Kurdes, jusqu’à maintenant colonisés par Damas, ont profité des malheurs de la guerre civile entre l’armée de l’Etat baassiste de Bachar el-Assad et l’Armée syrienne libre, pour conquérir leur liberté. Il faut d’ailleurs noter que l’entité kurde se tient en dehors de la guerre inter-arabe. Les Kurdes représentent environ 10% de la population de l’Etat syrien, soit, peu ou prou, deux millions d’habitants. Depuis la création de la Syrie, ils ont continuellement subi l’injustice et la répression. Sous le régime d’Hafez al-Assad, ils étaient déjà privés de reconnaissance en tant que nation distincte. Aucun droit politique ne leur était accordé. Les choses ne changèrent pas avec l’arrivée au pouvoir, à Damas, de son fils Bachar. Leur identité, aussi bien en Syrie qu’en Irak, l’autre Etat arabe qui colonisait le Kurdistan, a été niée par le parti baassiste qui a toujours mené une politique impérialiste arabe. Les Kurdes de Syrie, à l’instar des Kurdes soumis par d’autres Etats oppresseurs, ont été de tout temps, marginalisés et persécutés. Ils ne pouvaient pas laisser passer une occasion, historique pour eux, de se libérer du joug imposé par Damas. A la manière de ce qui se passait, et qui continue de se passer, dans la partie kurde anciennement dépendante de Bagdad, la communauté kurde de Syrie a profité de la guerre civile entre Arabes pour s’affranchir de toute colonisation. Elle a profité de la déliquescence de l’autorité étatique en Syrie pour conquérir son autonomie, une autodétermination recherchée depuis fort longtemps. Cette autonomie actuelle et complète est pour l’heure une indépendance de facto . Le peuple kurde l’a conquise par la force des armes et il continue à la défendre le doigt sur la gâchette. Dans les régions qu’elles contrôlent, les forces kurdes ont mis en place leur propre administration. Elles ont créé des conseils populaires dans chaque village libéré, à une police et une armée pour se défendre contre les milices des fanatiques musulmans à la solde d’al-Qaïda. Les assassins d’Allah sont toujours dans l’attente d’une pays à terroriser. La nouvelle administration est démocratique et efficace. Elle a ouvert des écoles en langue kurde. De plus, dans son organisation et à tous les niveaux, elle favorise une politique de contingents par sexe afin de garantir l’égalité entre hommes et femmes. L’autonomie actuelle du Kurdistan occidental est facilitée par une quasi indépendance économique. Cette région est riche d’une agriculture dynamique, largement autosuffisante et même, exportatrice. Ce territoire tire également profit des gisements d’hydrocarbures qu’il renferme. Saleh Moslim, président du Parti de l’union démocratique, déclarait, il y a peu, que 60% de la production de pétrole, autrefois totalement maîtrisée par l’Etat syrien, sont désormais contrôlés par les Kurdes. Les spécialistes estiment les réserves du Kurdistan occidental à 2,5 milliards de barils. Cela laisse de la marge et du temps à l’administration kurde pour créer un Etat viable. D’autant que la solidarité nationale joue et jouera avec le gouvernement d’Erbil. Et, puisque la continuité terrioriale le permet, pourquoi pas une unification rapide des deux entités kurdes ? Avec dix ans de décalage, la situation politique actuelle au Kurdistan occidental est semblable à celle du Kurdistan méridional. Cette portion du territoire national kurde est en effet pratiquement indépendante depuis 2003. Elle enregistre un développement économique spectaculaire pour la région. Ce qui est le plus appréciable, c’est qu’elle connaît la paix et la sécurité dans une région dévastée par les guerres : cela lui attire la confiance des investisseurs. Aussi, chaque jour, le gouvernement kurde noue de nouveaux liens commerciaux et politiques, d’Etat A Etat, avec un grand nombre de pays. Par conséquent, de grandes entreprises s’y installent. Ce qui se passe et se fait au Kurdistan méridional pourrait également se faire au Kurdistan occidental. C’est pourquoi le Parti de la nation ocitane demande à la Communauté internationale d’en finir avec l’hypocrisie des arguments juridiques et de reconnaître le fait national kurde. Il y a déjà un siècle que la question kurde devrait avoir été réglée par la création d’un Etat. De la même façon que le Kossovoa été reconnu indépendant par 103 pays à travers le monde, il est temps de permettre au Kurdistan de se déclarer souverain parmi les Etats souverains. Le droit inernational, c’est le droit pour toute nation, après consultation démocratique de sa population, d’accéder à son indépendance. Ce droit est valable pour toutes les nations. Sèrgi Viaule (Traduit de l’occitan par J.-L. Veyrac, ce texte est paru dans la revue occitane “Lo Lugarn”, à l’automne 2013 )


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